Bulletin d'information n°14 de novembre 2009
Par Targuinca, lundi 30 novembre 2009 :: Bulletins d'information :: #251 :: rss

Enfin ! Quelques semaines après l’amnistie accordée aux rebelles touarègues, le président Tandja a levé, le 27 novembre, l’état de « mise en garde », décrété et plusieurs fois renouvelé depuis le 24 août 2007 dans le Nord du Niger. Cette décision abroge les pouvoirs exceptionnels conférés à la police et à l’armée dans la région.
Après le FPN (Front Patriotique Nigérien) et le MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice), c’est le FFR (Front des Forces de Redressement), dirigé par Rhissa Ag Boula, qui a déposé les armes. Avec cette reddition, ce sont, d’après des sources « ex-rebelles », plus de 4000 combattants qui renoncent à la lutte armée. Les affrontements entre l’armée et les insurgés ont, officieusement, causé la mort d’environ 200 rebelles et plus de 80 soldats ; on ne connaît pas le nombre de civils tués ou blessés.
La fin des hostilités permet le retour dans leurs villages de brousse de familles touarègues, de plus en plus nombreuses à quitter les bidonvilles où elles s’étaient réfugiées. Après Iférouane, c’est maintenant Gougaram qui, peu à peu, revit.
Avec le retour de la paix, l'activité touristique, gelée depuis trois ans, va reprendre. Comme nous vous l’avions indiqué dans notre bulletin d’octobre, des vols charters France Agadez seront à nouveau organisés à partir du mois de décembre . « Nous sommes déterminés à relancer nos activités à la faveur de la paix retrouvée », a déclaré Fatouma Morou, la ministre nigérienne de l’artisanat et du tourisme. D’après l’APA, ses services invitent à un partenariat public-privé pour faire du Niger « une destination des plus attractives ». En effet, avec le parc du W à l’Ouest, la réserve de l’Aïr et du Ténéré et les cimetières de dinosaures au Nord, les girafes de Kouré au Sud, le sanctuaire des addax, le désert du grand Nord et le lac de Madarounfa, le Niger, par sa variété géographique et ses nombreux sites naturels, peut séduire les touristes. Ce pays, situé au carrefour des voies transsahariennes, offre aussi une architecture variée, des sites d’art rupestre et des festivités traditionnelles, fêtes nomades comme la Cure salée, le Festival de l’Aïr, le Bianou, ainsi que « Alzanayé », un festival de civilisations du fleuve Niger. En 2006, à la veille de l’éclatement de la rébellion au Nord du pays, le Niger, selon des chiffres officiels, avait accueilli plus de 63000 visiteurs étrangers ; les activités touristiques assuraient environ 8700 emplois permanents et généraient un chiffre d’affaires de plus de 32 milliards de FCFA, soit 1,7% du PIB. « Nous devons nous atteler à un tourisme organisé, professionnel, qui contribuera substantiellement à l’effort national de valorisation du pays (…), le développement du tourisme constitue une grande priorité pour les autorités », a affirmé la ministre. Selon le Conseil mondial du tourisme et des voyages (WTTC), les perspectives sont favorables pour le Niger ; la croissance de la demande touristique devrait se situer entre 4,6% et 5,4% par an, d’ici 2015. C’est une bonne nouvelle pour les Touareg ; nombre d’entre eux tirent en effet leurs ressources du tourisme, en travaillant dans des agences de voyage, en étant guides sahariens, ou en vendant de l’artisanat aux visiteurs étrangers.
Si l’on peut espérer un mieux être pour les populations du Nord qui ont tant souffert au cours de ces trois dernières années, tout n’est pas facile pour autant. En effet, le Niger traverse une grave crise politique et sociale.
Les élections législatives organisées le 20 octobre par le président Tandja, malgré les oppositions nationales et internationales, ont donné une victoire écrasante au parti gouvernemental, le MNSD, avec 76 sièges sur 113 au Parlement. Ce n’est pas une surprise…
La CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) a annoncé, dans un communiqué rendu public le 20 octobre, qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats du scrutin : « La tenue de ces élections s’est faite au mépris total des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO et témoigne de la volonté manifeste des autorités nigériennes de poursuivre dans la voie de l’illégalité constitutionnelle qui prévaut actuellement ». Au terme des sanctions prises à son encontre par la CEDEAO, le Niger se voit interdit de participer aux sommets des chefs d’Etat et aux réunions ministérielles de l’organisation. De même, les députés issus des élections du 20 octobre ne sont pas autorisés à siéger au Parlement de la CEDEAO. Le Conseil de sécurité et de paix de l’Union Africaine a simplement entériné les décisions prises par la CEDEAO et attend un rapport sur l’évolution de la situation au Niger, dans un mois. Une délégation nigérienne représentant le parti présidentiel a entamé, début novembre à Abuja, capitale du Nigeria, des discussions avec le général Abubakar, ancien chef d’Etat nigérian, désigné comme médiateur par la CEDEAO. M. Abubakar a aussi rencontré une délégation de l’opposition nigérienne avant la tenue, à une date ultérieure, d’un forum rassemblant toutes les parties, pour tenter de rétablir au Niger un dialogue politique interne .
L’Union Européenne, qui avait déjà suspendu une aide budgétaire de 180 millions au Niger pour protester contre le referendum du 4 août, qualifié de « violation de la Constitution », a décidé de recourir à l’article 96 des accords de Cotonou, qui traite du non respect des critères démocratiques et de défense des droits de l’Homme. « La Commission européenne et les pays de l’UE ont demandé des consultations avec les autorités du Niger », a indiqué à l’AFP le porte-parole de la Commission, John Clancy. En attendant le résultat de ces consultations, l’UE a suspendu son aide qui s’élève à 458 millions d’euros pour la période 2008-2013. Mais « l’aide humanitaire n’est pas affectée par cette suspension », a précisé M. Clancy. Dans une lettre conjointe, adressée le 3 novembre à Mamadou Tandja, et dont l’AFP a pris connaissance, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, au nom de la présidence suédoise de l’UE, ont demandé « un retour à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais ».
Le 22 novembre, répondant à l’appel de la CFDR (Coordination des Forces Démocratiques pour la République), groupement de partis politiques, de syndicats et d’organisations de défense des droits de l’Homme, des milliers de manifestants, réunis sur la place Toummo à Niamey, ont réclamé le départ du président Tandja dont le mandat devrait expirer le 22 décembre. Ils dénonçaient le « coup d’Etat » du président qui a violé la Constitution pour se maintenir au pouvoir après cette date. « Tandja doit partir », « Non à sa Constitution », « A bas le démolisseur de la démocratie », ont-ils scandé. D’après le journal nigérien « Le Canard déchaîné » du 23 novembre, l’on ne peut que constater l’inexistence juridique de la « Constitution de la 6ème République » et des actes posés dès lors par M. Tandja et remarquer que son pouvoir ne repose désormais ni sur la légalité, ni sur la légitimité, mais sur la force brute. Le comportement antidémocratique et répressif des autorités (déni du droit à des manifestations d’opposition sous forme de marches, répression brutale de simples attroupements devant les sièges des partis politiques, refus de l’accès aux médias d’Etat à tous ceux qui ne partagent pas les opinions du pouvoir en place) est porteur de graves menaces pour la stabilité et la quiétude sociale du Niger. A partir du 22 décembre, M. Tandja « perd toute légitimité et toute légalité à l’intérieur comme à l’extérieur », ajoute le journal. « Il appartient donc au peuple nigérien de se mobiliser (…) et de mettre un point final à cette restauration autocratique programmée de longue date et hypocritement appelée « refondation de la République » par les tenants de la dictature ». Cependant, la CFDR se montre prête à soutenir les efforts du médiateur de la CEDEAO pour tenter une sortie de crise par le dialogue, dans le respect de l’Etat de droit et des acquis démocratiques.
Dans le Nord du pays, les populations continuent de souffrir des conséquences de l’exploitation de l’uranium. Une délégation de Greenpeace s’est rendue sur place pour mesurer la radioactivité dans les villes minières. A Akokan, bien qu’Areva ait assuré à la CRIIRAD que les rues avaient été nettoyées du matériel radioactif qui s’y trouvait jusqu’alors et étaient désormais saines, Greenpeace a découvert ici et là des niveaux inadmissibles de radioactivité. A un endroit, les radiations enregistrées dépassaient de 500 fois la norme admise ! D’après le journal nigérien « Aïr-Info », le 9 octobre Almoustapha Alhacen, président de la Coordination de la société civile d’Arlit et salarié d’Areva, a été mis à pied pour 3 jours, puis muté d’office dans un autre service, pour avoir montré à des journalistes de la radio et télévision Doumia-Niamey des objets identifiés comme radioactifs dans les rues d’Arlit. Areva devait les récupérer rapidement (après combien de temps ?), suite à un contrôle du service des mines du Niger. La multinationale reproche à M. Alhacen d’avoir violé « le devoir de réserve et l’exigence de loyauté qu’exige » son « contrat de travail envers » son « employeur ». « Nous prenons l’opinion nationale et internationale à témoin de cet aveu d’Areva qui disperse des ferrailles et objets radioactifs sur le marché public d’Arlit et refuse que quiconque en parle. La ville d’Arlit, le service des mines du Niger d’Arlit, domaines publics, sont devenus, par la volonté de puissance d’Areva et de ses valets locaux, un domaine privé », a déclaré Almoustapha Alhacen. Dogo Mayaki, journaliste à Aïr-Info, ajoute : « Areva ne fera pas sa loi au Niger, plus qu’un slogan est une question de survie. » En France, l’association Serge Venel s’est créée pour retrouver et rassembler d’anciens expatriés à Akokan et Arlit. Certains d’entre eux ont payé chèrement leurs conditions de travail dans ces villes minières, ils en sont morts. L’association se propose de défendre les intérêts patrimoniaux et moraux des survivants par tous les moyens, y compris les moyens judiciaires.
Nous avons reçu le compte-rendu de l’aide d’urgence aux sinistrés d’Agadez, suite aux inondations de la nuit du 1er au 2 septembre. 35 730 euros ont été versés, par Croqu’Nature/AFT, Targuinca et Tchinaghen, à l’association locale ADDS (Association pour le Développement Durable et la Solidarité) qui a géré cet argent avec l’aide précieuse de 5 femmes d’Agadez chargées d’identifier les familles les plus nécessiteuses. « La gestion a été compliquée : il a fallu agir dans la discrétion pour éviter les débordements, les sinistrés courant d’un site à l’autre en quête d’un éventuel donateur de nourriture ou d’aide quelconque. Ne pouvant pas faire face à des milliers de demandes, l’ADDS a été contrainte d’être très sélective. » L’aide aux 150 familles choisies (au minimum 50 000 FCFA par famille) a commencé dès le début du mois de septembre ; l’ADDS a réagi très vite. Par la suite, les populations d’Agadez ont bénéficié de secours de l’Etat, de certains pays et d’organismes comme le PAM, l’UNICEF et le CICR. Le PAM (Programme Alimentaire Mondial) a distribué des vivres (riz, blé). L’UNICEF a implanté des tentes, restées vides car les sinistrés refusaient de quitter les décombres de leurs maisons, mais certaines servent de salles de classe et deux tentes dans l’enceinte de l’hôpital reçoivent les enfants malnutris. La Croix Rouge a distribué des colis contenant des assiettes, des timbales, des couverts, des marmites, des seaux, des nattes et une moustiquaire par famille. En plus de la création de 4 camps de réfugiés, « Schelter box » donne, depuis quelques jours, des tentes aux nombreuses familles qui sont restées dans les quartiers sinistrés. Des études sont en cours pour l’attribution de terrains autorisés pour la reconstruction. Il est probable que l’Union Européenne participe pour viabiliser la zone choisie. Mais le Gouvernorat et la mairie d’Agadez n’ont toujours pas décidé de l’utilisation des dons attribués qui, 3 mois après la catastrophe, se trouvent encore sur un compte bloqué ! Quand les aides multiples sont arrivées à Agadez, l’ADDS a choisi de secourir des familles en brousse : jardins détruits, troupeaux emportés par les eaux. Les populations vivant en brousse sont plus adaptées que les citadins à faire face aux calamités naturelles, mais leurs besoins n’en sont pas moins immenses pour remettre en état campements, puits et jardins, d’autant que, conséquence des mauvaises récoltes dans le Sud, les prix des denrées de base ont augmenté :
- un sac de 50 kg de riz = 21 000 FCFA - un sac de 100 kg de mil = 26 000 FCFA - un litre d’huile de palme = 750 FCFA - le kilo de sucre est passé de 450 FCFA à 650 FCFA
Merci aux représentants locaux, Ames Ahmed, Issouf Ag Maha et les 5 femmes nigériennes, pour leur investissement et leur efficacité. Merci aussi à Marie-Christine Roussel, présidente de Femmes France Niger, qui s’est rendue sur place pendant un mois et a largement contribué au compte-rendu de l’aide.
Des correspondants au Niger nous ont alertés sur la situation dramatique du village d’Intideynawene, à 35 km de Gougaram, où les campements ont été emportés par les inondations. Une vingtaine de familles s’y trouve dans un dénuement total. Nos correspondants ont réussi à collecter, près de la population d’Arlit, un peu de nourriture et quelques objets de première nécessité pour ces sinistrés. Mais il faudrait leur apporter rapidement une aide plus conséquente. Nous avons prévenu l’ADDS pour qu’elle intervienne au plus tôt.
Dans le bulletin d’octobre, nous avions lancé un appel au parrainage de deux étudiants originaires de Tin-Telloust. Une marraine s’est proposée ; elle versera 30 euros par mois. Merci à elle pour sa générosité. Si une autre personne décidait d’en donner autant (66% du don sont déductibles d’impôt), nous pourrions aider les deux étudiants, notre but n’étant pas de les assister totalement mais de leur apporter un soutien pour améliorer leur quotidien.
Le 23 novembre, à Saint-Lô dans la Manche, dans le cadre d’une soirée solidaire sur le thème de l’eau organisée par plusieurs associations de défense de l’environnement, un membre de Targuinca a présenté les conséquences dramatiques de l’exploitation minière au Niger sur les nappes fossiles et sur la qualité de l’eau consommée par les populations des villes concernées.
Le 28 novembre, à Evreux, Targuinca et Attac 27 ont organisé, avec l'appui du CCFD Terre Solidaire, du Collectif Tchinaghen, des Verts Europe Ecologie, du NPA 27 et de Sortir du nucléaire 27, une journée d’information sur les problèmes créés aux populations du Nord du Niger par l’exploitation de l’uranium et sur ses conséquences sociales et environnementales désastreuses. Dès 14h, le public pouvait voir une exposition sur ce sujet, puis assister à la projection du documentaire : « Niger : la bataille de l’uranium » et participer à une table ronde-débat animée par des intervenants des organisations citées précédemment. Il était aussi possible d’acheter de l’artisanat touarègue. A partir de 19H, une rencontre inter associative et festive a eu lieu autour d’un repas buffet organisé par les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et Evreux-Nature-Environnement.