Nouvelles d’Agadez, le 8 octobre 2009
Par Targuinca, jeudi 8 octobre 2009 :: Bulletins d'information :: #245 :: rss
D’après notre correspondante à Agadez, l’état des quartiers sinistrés est vraiment choquant : « On dirait qu’il y a eu un bombardement, les gens vivent dans les décombres de leurs maisons où ils ont construit des abris de fortune ».
Les sinistrés ne veulent pas quitter les lieux car ils espèrent retrouver les objets personnels ensevelis lors de la catastrophe ; les artisans, notamment, veulent récupérer le métal et les pierres qui leur permettent de fabriquer les bijoux dont la vente les fait vivre. Mais la chaleur écrasante a totalement desséché le banco (mélange d’argile et de paille avec lequel on construit les maisons) et il est impossible de creuser suffisamment pour récupérer le matériel enfoui. Il faudrait des machines. Or la ville d’Agadez ne possède qu’un seul bulldozer, actuellement utilisé pour remettre en état la route de l’uranium.
Les habitants savent qu’il est risqué de reconstruire leurs maisons au même endroit, mais personne n’envisage de s’installer ailleurs car la commune n’a, jusqu’à présent, rendu publique aucune décision d’attribuer d’autres parcelles constructibles et, d’autre part, les terrains susceptibles d’être attribués sont loin du centre ville et ne bénéficient ni de l’adduction d’eau, ni du raccord au réseau électrique.
En outre, les sinistrés expliquent que, si la digue d’Alarcès qui a cédé sous la pression de l’eau avait été consolidée et correctement entretenue, la catastrophe n’aurait pas eu lieu ou, en tout cas, aurait été bien moindre.
Un financement avait été affecté au renforcement de cette digue. Mais l’argent aurait été détourné et les travaux sont restés inachevés…
Les habitants demandent donc que des travaux sérieux soient réalisés à Alarcès pour qu’ils puissent reconstruire leurs maisons sur l’emplacement des décombres.
L’aide officielle tarde.
D’après des témoins, il a fallu attendre plus de 24 heures après le sinistre l’arrivée de pompiers ou de militaires venus secourir les victimes. Aucun service de secours à Agadez !
Quelques jours après la catastrophe, les « autorités » sont arrivées avec un camion plein de paquets de macaronis qu’elles ont lancés aux sinistrés. Ces derniers, n’ayant rien pour faire cuire les pâtes, les leur ont renvoyées à la figure !
La TV nigérienne enchaîne les annonces de dons faits par les différents ministères en faveur des sinistrés. Mais le comité d’aide officiel, dirigé par le gouverneur d’Agadez, fait preuve d’une remarquable inefficacité : les dons s’accumulent sur un compte qui n’a pas encore été utilisé, plus d’un mois après le drame.
Quant à l’aide extérieure, elle est, dès que possible, détournée : des paquets de riz, donnés par le PAM au comité d’aide officiel, ont été achetés par des grossistes et sont mis en vente sur le marché !
Des aides alimentaires adressées par l’ONU au même comité ont été remises à des candidats à la députation qui les utilisent pour leur campagne électorale : ils les échangent contre des promesses de vote en leur faveur !
Enfin, un trafic de riz serait mis en place avec la ville de Zinder, plus au Sud et non sinistrée.
La négligence et la corruption grèvent lourdement les possibilités de secours à une population désemparée qui erre dans les décombres de quartiers ravagés.
D’après notre correspondante, la stratégie d’aide que nous avons choisie (cibler des familles particulièrement démunies et remettre 80 euros à chacune d’elles) semble la meilleure à adopter.
Nous espérons être bientôt en mesure de vous donner d’autres nouvelles.