Le blog de Targuinca

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lundi 17 novembre 2008

Fête de l'Union des Peuples : rendez-vous samedi à Gravigny (27)

ag_3566_unionpeuple.jpg Place de la Mairie
Gravigny (à côté d'Evreux)
Le 22 novembre 2008 de 9h à 17h30
Stands, musique, dégustations
12 pays seront représentés et Targuinca animera le stand Niger.

mardi 11 novembre 2008

NOUVELLES DES POPULATIONS DU NORD NIGER (Bulletin n°5 de novembre)

Voici tout d’abord quelques nouvelles de la situation politique au Niger.

Le président Tandja poursuit, avec la complicité des gouverneurs des régions, sa campagne pour amener l’opinion publique à accepter une modification de la Constitution qui lui permettrait d’être éligible une 3e fois. L’opposition se tait, ses principaux représentants ayant reçu l’assurance d’occuper des postes importants dans le 3e gouvernement de Mamadou Tandja. Seuls les partisans de Hama Amadou, l’ex-premier ministre toujours emprisonné, organisent à Niamey des marches de protestation contre le régime actuel.

Tout ceci ne restera pas sans conséquences pour les populations civiles, particulièrement dans le Nord.

L’ONG Médecins sans frontières a été exclue du Niger et ne peut poursuivre son programme de renutrition de milliers d’enfants à Maradi.

En revanche, la Croix Rouge française a pu offrir un important lot de matériel à la Direction régionale de la Santé (DRSP) à Agadez et un autre (12 lits et matelas et divers appareils) au CRENI d’Arlit dont elle avait financé la construction.

Pour les populations civiles du Nord, le cauchemar continue. Les combats s’intensifient, l’état de « mise en garde » perdure et laisse les pleins pouvoirs aux forces de défense et de sécurité qui multiplient arrestations arbitraires et exactions.

Fin octobre, 10 personnes ont été sauvagement assassinées par les Forces armées nigériennes ( FAN), à Elmiki et Tchinteloust. Certains corps ont été retrouvés découpés en morceaux…

Poussées par la terreur, de plus en plus de familles fuient la brousse, notamment vers le Sud de l’Algérie. Le Nord du Niger se vide peu à peu de ses habitants.

Le PAM (Programme alimentaire mondial) a distribué 5 kg de riz, du mil, du sorgho et de l’huile à chaque famille nécessiteuse réfugiée dans les bidonvilles d’Agadez et d’Arlit.

Dans le bidonville d’Arlit, la pénurie d’eau se fait de plus en plus sentir. Le prix du bidon de 20 litres est passé de 50 à 100 FCFA (les francs CFA correspondent aux anciens francs français). Or nombreux sont les réfugiés sans aucune ressource. Les malades se multiplient également : maladies physiques (fièvres), dépressions, crises d’angoisse ou de panique, surtout chez les femmes arrivant de la brousse. Ces personnes ne reçoivent aucun soin.

Le prix du kilo d’argent métal est passé à 250 000 FCFA, soit 400 euros ; les artisans n’ont plus guère les moyens d’en acheter pour fabriquer les bijoux qu’ils écoulaient en France ou en Lybie. C’est une dernière ressource qui est menacée de disparaître alors que le prix du sac de 50 kg de mil ou de riz atteint les 30 euros.

Fin août, chaque famille d’enfants parrainés par des membres de Targuinca avait reçu pour 100 euros de nourriture : 50 kg de mil, 50 kg de riz, de l’huile et du thé. Voici un extrait de la lettre de remerciement :

« Nous vous faisons savoir que la dotation en nourriture que nous avons eue mènera certains d’entre nous jusqu’à 2 mois, voire 3 mois, mais comprenez aussi que pour un Touareg rien ne lui appartient personnellement comme on est solidaire. Donc ce qui nous préoccupe c’est nos voisins qui possèdent des enfants non parrainés et les sans abris. C’est choquant, avec la saison des pluies, de se trouver dans une cabane à 2 ou 3 familles avec des enfants. » Et encore : « Certains d’entre vous nous connaissent et connaissent notre mode de vie au temps calme, maintenant imaginez notre situation étant réfugiés. »

Certaines familles n’ont même pas une natte pour se protéger du soleil ni une couverture pour la saison froide. Le bureau de Targuinca a décidé de renouveler cette aide alimentaire courant novembre.

Les besoins vitaux de toutes ces familles touarègues, déplacées en brousse ou dans les bidonvilles ou réfugiées dans le Sud de l’Algérie, sont immenses. il est urgent de leur apporter de l’aide. S’il vous plait, faites circuler les informations et essayez de collecter des fonds, leur vie en dépend.

Le dernier livre d’Issouf ag Maha : « Le destin confisqué » vient de paraître. Issouf y analyse les raisons qui ont poussé une partie des Touaregs du Niger à prendre les armes et témoigne des souffrances de son peuple.

Le livre est vendu 15 euros, dont 5 sont versés au collectif Tchinaghen pour ses projets humanitaires. Vous pouvez vous le procurer en le demandant à l’association Targuinca ou à Tchinaghen.

D’après le Canard enchaîné du 5 novembre 2008 :

« L'amiral (à la retraite) Thierry d'Arbonneau, délégué par son groupe au Niger (qui regorge d'uranium), s'est catégoriquement élevé contre toute réglementation des sociétés privées de renseignement et de sécurité. Ce qui compliquerait, à l'en croire, la tâche d'entreprises comme la sienne. L'Etat français ferait mieux, a-t-il ajouté, de donner aux autorités nigériennes les moyens de mater la rébellion des Touareg, « ces hommes en bleu qui font rêver les hommes et chavirer le cœur des femmes mais ne sont qu'une illusion ». Explication de cette sortie : Areva négocie actuellement le droit d'exploiter le gisement géant Imouraren. Les prix du marché et la concurrence chinoise aidant, le président nigérien, Mamadou Tandja, a déjà obtenu qu'Areva triple son prix d'achat du minerai. Mais il souhaiterait aussi un coup de main français pour combattre les Touareg, qui, dans le nord du pays, réclament un territoire et une part du gâteau minier. Le site est donc peu tranquille, et Areva a besoin de sécurité (publique ou privée) afin de repousser ces arrogants «hommes bleus» qui voudraient nous empêcher de creuser leur terre... »

Areva sait choisir ses représentants…

samedi 1 novembre 2008

Parution du second livre d'Issouf ag Maha : "Le destin confisqué"

couv-destin200.jpg La guerre bat son plein sur toute la partie septentrionale du Niger avec son cortège de deuil, de haine et de désolation. Le gouvernement nigérien tente vainement de discréditer la rébellion du MNJ en qualifiant le phénomène de banditisme bénin ; pourtant les accrochages se multiplient dans l’Aïr et l’armée se venge sur les civiles qui sont massacrés en toute impunité. La classe politique et la presse indépendante prises en otage par un régime qui s’endurcit chaque jour davantage observent un silence de démission.
Issouf Ag MAHA nous plonge à travers les péripéties d’un peuple souvent incompris, dans les méandres d’une rébellion touarègue oubliée des medias et de l’opinion internationale.
Par cet acte, il tente de comprendre pourquoi les siens se sont vus contraints de prendre les armes pour se faire entendre face à la politique oppressive des pays qui les hébergent. Il nous décrit comment ce peuple, malmené par un Etat censé le protéger et stimulé par la course effrénée à l’énergie nucléaire, assiste sans recours à la confiscation de son territoire et de son destin.
Après "Touareg du XXIe siècle", "Le destin confisqué" est un témoignage saisissant, le cri du cœur d’un homme attaché à son pays, à sa culture et à la liberté.

- Préface de Pierre Rabhi
- Avec les témoignages de Ibrahim Manzo Diallo, BMT (ancien travailleur des mines), Alain Joseph et Pierre Schmitt. Postface de Michel Pons
- Photographies : photos exclusives de l'auteur, et photos de Samuel Bourguet, Marielle Cartiaux et Pierre Schmitt

Bon de commande - Prix de vente : 15€ dont une participation de 5 € pour les projets humanitaires de l’Association Tchinaghen.
Octobre 2008, Tchinaghen Editions - ISBN : 978-2-9532925-0-3
216 pages, format 13 x 20 cm

Appel à la solidarité pour les familles réfugiées dans le sud algérien

tente-copie-1.jpgDepuis le déclenchement du conflit au Nord-Niger en février 2007, de nombreuses familles touareg nigériennes ont fui leurs territoires d'attache pour se réfugier notamment dans le grand Sud algérien. Certaines se sont installées à la frontière, à In Guezzam, d'autres ont rejoint la ville de Tamanrasset. Nos correspondants locaux nous informent aujourd'hui que d'autres familles encore prennent le même chemin.

Au 11 septembre dernier, 1687 familles réfugiées étaient recensées entre In Guezzam et Tamanrasset. Ce recensement inclut 2743 femmes et 4190 enfants (2278 filles et 1912 garçons) originaires de villes et de campements divers de la région d'Agadez (Agades, Arlit, Tchirozerine, Iferouane,Tin Teloust, Gougaram, Eroug, Tezirzait, Tadak, Tidene, Agharous, Tiguida Intagayt, Injitane, Inabagharit, Sikerat, Tiguidit, Dabaga, Egandawel…)

Certains d'entre eux tentent de s'abriter sous des tentes de fortune, d’autres partagent des logements en location. Ces réfugiés sont sans ressources et ne bénéficient d'aucune aide humanitaire. Aussi tentent-ils de survivre grâce à la solidarité des Nigériens habitant déjà sur place et le revenu de petits travaux. Ils sollicitent notre aide pour favoriser leur accès au logement, ou aux abris par l'achat de bâches pour ceux qui n'ont pas de toit, à l'alimentation, et même à l'eau qui n'est pas gratuite, ainsi qu'au gaz pour cuisiner, l'utilisation du bois étant interdite. A cela s’ajoute, l'accès aux soins et les frais de scolarisation des enfants.

Nous avons besoin de vous pour soutenir ces familles réfugiées. Grâce à votre aide et à la confiance que nous accordons aux correspondants locaux, nous pourrons soulager les familles les plus démunies et contribuer à améliorer leurs conditions de vie pendant la durée du conflit. Merci d'avance pour vos initiatives et votre générosité.

A titre indicatif, voici les prix des produits de base dont ils ont actuellement le plus besoin :

  • sac de riz de 50 kg = 50 euros
  • sac de semoule de 25 kg = 30 euros
  • pâtes alimentaires le carton de 10kg = 12 euros
  • la bouteille de gaz = 15 euros
  • le carton de 25 savons = 9 euros
  • l'eau en fût de 200 litres = 5 euros

Pour faire un don, envoyez un chèque à l'ordre de TCHINAGHEN Tchinaghen - Boîte n°26, 3 passage Rauch, 75011 Paris

Ou à l'ordre de TARGUINCA (don déductible des impôts sur le revenu) Targuinca - Mairie, 27120 Houblec-Cocherel Pour les virements : IBAN: FR05 2004 1010 1407 2548 4Y03 569 - BIC: PSSTFRPPROU TERRE MONDE TARGUINCA - Mairie - 27120 HOULBEC COCHEREL

lundi 13 octobre 2008

NOUVELLES DES POPULATIONS DU NORD DU NIGER (Bulletin n°3)



Le conflit s'éternise. Les populations civiles souffrent toujours de peur, d’exactions diverses et de misère. Le président Tandja nie toujours l’existence d’une rébellion armée et continue de refuser le dialogue avec le MNJ.

L’opposition gouvernementale est muette ; ceux qui osent élever la voix se font emprisonner. Mais le parti présidentiel se scinde en deux tendances : les fidèles de Mamadou Tandja et ceux de Hama Amadou, l’ex-premier ministre emprisonné, qui demandent sa libération, soutenus par la ligue nigérienne des Droits de l’homme ANDDN.
A grand renfort médiatique, le gouvernement en place prépare l’opinion publique à accepter un renouvellement de la Constitution qui autoriserait l’actuel président à briguer un troisième mandat.

Le 7 octobre 2008, Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale ( RFI), de Reporters sans frontières et directeur de la radio privée Saraounya, est sorti de la prison où il était incarcéré depuis le 20 septembre 2007. Il était inculpé de « complicité d’atteinte à l’autorité de l’Etat » pour avoir eu, dans le cadre de son travail de journaliste, des entretiens téléphoniques avec Aghali Alambo, chef du Mouvement rebelle des Nigériens pour la Justice ( MNJ).
« Je suis très ému car je reviens de très loin, sincèrement à la limite des portes de l’enfer », a-t-il déclaré à la presse. La cour d’appel de Niamey avait ordonné sa mise en liberté provisoire « d’office ».
« Les faits sont requalifiés d’atteinte à l’intégrité du territoire national par entente avec des éléments du MNJ », a précisé l’avocat de Moussa. L’infraction, au départ considérée comme un crime, sera donc jugée comme un délit. Moussa Kaka est renvoyé devant le tribunal correctionnel.

La libération de Moussa Kaka n’est pas pour autant synonyme de libération de la presse. D’après un communiqué du 20 septembre 2008, le CSC (Conseil Supérieur de la Communication), autorité administrative censée être indépendante pour « garantir et assurer la liberté et la protection de la presse », est devenu un instrument de répression au service du pouvoir public : - Radio Sahara FM, émettant à Agadez, est fermée depuis six mois, - la Maison de la Presse est « fermée jusqu’à nouvel ordre » depuis le 30 juin 2008, - Abdoulaye Tiémogo, directeur de publication du « Canard déchaîné », est en exil.

Dans le Nord, les communes attendent toujours en vain l’argent en provenance des rentes minières ; une partie devait leur être redistribuée. Les Chinois qui ont obtenu des permis d’exploitation de gisements d’uranium se sont installés sur quatre ou cinq bases différentes, dont celle d’Azelik, l’ancienne cité du cuivre. Ils emploient plus de deux tiers de main d’œuvre chinoise et à peine un tiers de Nigériens, tous en provenance du Sud. Seuls, quelques cadres seraient issus de la population locale. La compagnie Areva, elle, recrute beaucoup de cadres, mais son principe d’exploitation s’appuie sur le tâcheronnage : les travaux seront répartis entre différentes petites entreprises qui feront jouer la concurrence pour obtenir leurs parts de marché. L’usage de la sous-traitance tire les salaires vers le bas et dégrade les conditions de travail et de sécurité des ouvriers.

La population du Nord du Niger, écartée de parties de plus en plus importantes de son territoire ancestral, se sédentarise majoritairement dans les bidonvilles ; une proportion croissante des habitants choisit de fuir la misère et le conflit, le nombre des réfugiés augmente sans cesse.
Nous avons toujours besoin de soutiens financiers pour aider ceux d’In Guezzam, près de la frontière algérienne.

lundi 6 octobre 2008

Crises touarègues au Niger et au Mali : Séminaire du 27 novembre 2007

CRISES TOUARÈGUES AU NIGER ET AU MALI
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Ferdaous Bouhlel-Hardy, doctorante à l’IEP de Paris.
Yvan Guichaoua, chercheur à CRISE (Centre for Research on Inequality, Human Security and Ethnicity : www.crise.ox.ac.uk), Oxford.
Abdoulaye Tamboura, journaliste et doctorant à l’Institut français de géopolitique, Université Paris 8 — Saint-Denis.

Télécharger le compte-rendu

jeudi 2 octobre 2008

La Spiruline : l'or bleu des tropiques

la-spiruline-l-or-bleu-des-tropiques.jpg © Premasagar

Coraline Klein
Notre Planète (France)
Le 23-09-2008

La Spiruline est de nouveau sur le devant de la scène. Utilisée traditionnellement dans de nombreux pays, elle s'avère détenir des propriètés protéiniques hors du commun, lui assurant un avenir prometteur dans les pays victimes de la famine.

A l'heure où l'ombre d'une crise alimentaire mondiale plane au dessus de nos têtes, toute initiative permettant d'améliorer le quotidien en alliant moindre coût avec facilité, efficacité et durabilité, est bonne à prendre. C'est ainsi que la bienfaitrice Spiruline est de nouveau sur le devant de la scène. Utilisée traditionnellement dans de nombreux pays, elle s'avère détenir des propriètés protéiniques hors du commun, lui assurant un avenir prometteur dans les pays victimes de la famine. Elle est aujourd'hui considérée comme un véritable or bleu aussi bien pour la santé, la science, que le développement. Mais à qui profite-t-elle réellement ?

Développement

Pour les scientifiques ce sera Arthrospira platensis, et pour nous, une cyanobactérie microscopique pluricellulaire qui croit à l'état naturel dans les eaux alcalines et saumâtres des lacs, mers et vasières en région tropicale.

Lire la suite

samedi 20 septembre 2008

La malédiction de l'uranium sur France Culture

Ecouter l'émission Terre à Terre
Avec Issouf Maha, touareg du Niger
Diffusée le 20 septembre 2008 sur France culture
ICI
Production : Ruth Stégassy
Réalisation : Olivier Bétard

dimanche 14 septembre 2008

NOUVELLES DES POPULATIONS DU NORD DU NIGER (Bulletin d'information de Targuinca n°3)

L’ONU a nommé un médiateur pour tenter d’ouvrir des négociations entre le MNJ et le gouvernement nigérien (1). Cependant la situation des populations touaregs du Nord du Niger perdure : misère extrême, oppression, de nouvelles arrestations arbitraires chaque semaine, exactions envers les civils.

arlit.JPG A Agadez, le couvre-feu est imposé à 19 heures. Un habitant de la ville nous a récemment expliqué que, si les gens parlaient trop fort ou faisaient de la musique dans les maisons, les soldats en patrouille entraient pour les réprimander. La vie quotidienne en est rendue d’autant plus difficile que de nombreux Touaregs d’Agadez ont accueilli des membres de leur famille déplacés, dont beaucoup d’enfants : les maisons sont surpeuplées, les bidonvilles grossissent, et il est très difficile de nourrir tout le monde, les sources de revenus se raréfiant du fait de l'état de mise en garde.
Il semble par ailleurs que les soldats des Forces Armées Nigériennes (FAN) répriment plus la population touareg d’Agadez que celle d’Arlit.

Les habitants d’Arlit (plus de 100 000 personnes) souffrent d’une grave pénurie d’eau. D’après un message, daté du 6 septembre, envoyé par la Coordination de la Société Civile d’Arlit (2), la population manque d’eau potable. Certains quartiers de la ville sont totalement privés d’eau depuis plusieurs jours. Dans les quartiers résidentiels, il faut attendre tard dans la nuit pour pouvoir remplir quelques récipients. Les réservoirs de la ville sont la propriété des sociétés minières qui se servent en priorité pour alimenter leurs cités et les usines d’extraction d’uranium. La population d’Arlit ne reçoit que le surplus. Or le réseau de distribution, construit il y a 40 ans et peu ou pas entretenu, est vétuste et présente de nombreuses fuites ; et, d’autre part, le nombre des habitants d’Arlit s’est considérablement accru ces derniers mois avec l’arrivée des déplacés. Cette situation risque d’avoir des conséquences dramatiques, notamment pour les enfants. La Coordination de la Société Civile d’Arlit a lancé un appel au Président de la République du Niger et au chef du gouvernement pour que les populations victimes soient secourues et a demandé que le réseau de distribution d’eau soit réparé en urgence et étendu.

La population d’Arlit n’est malheureusement pas au bout de ses peines ; une étude faite par le spécialiste en hydraulique français Alain Joseph démontre que le pompage des nappes fossiles, donc non renouvelables, par les usines d’extraction d’uranium assèchera totalement le Nord du Niger d’ici 20 à 40 ans et rendra cette région impropre à toute vie. Les pompages, pratiqués depuis une quarantaine d’années par le groupe français AREVA dans la région d’Arlit et d’Akokan, ont déjà épuisé à 70% la nappe fossile au Nord du Tarat ; et les ventes de concessions par le gouvernement nigérien se multiplient…

Sur les plus de 300 jardins que comptent les oasis d'Iferouane, Tin Telloust et Ebourkoum, seule une poignée ont pu continuer à produire durant l'année de conflit qui vient de s'écouler. Faute de ravitaillement en carburant, les jardiniers entament leur deuxième année de "chômage technique", sans compensation d'aucune forme, évidemment. En effet, l'armée rationne drastiquement les ventes de carburants pour éviter qu'il ne tombent, au cours des transports vers la brousse, entre les mains des rebelles. Le prix du sac d'oignon, le principal produit de ces jardins de l'Aïr, a chuté (de 29$ à 3$ !), ne permettant plus aux jardiniers encore en activité de rentrer dans leurs frais. (3)
Selon le Comité d'aide aux populations d'Iférouane (CAPI), environ 2000 personnes déplacées par le conflit se sont réfugiées dans les villes d'Arlit et d'Agadez. Les écoles de brousse sont désertées ou purement et simplement fermées. Les écoles en ville sont saturées. Cette situation est dramatique dans une région où déjà, en tant normal, l'accès des enfants à l'éducation est très insuffisant.

Des familles touaregs du Niger ( plus de 600 personnes), originaires d’Agadez, Arlit, Tchirozérine et Iférouane, réfugiées à la frontière algérienne, à In Gezam, nous ont sollicité pour une aide d’urgence. Ces familles manquent de tout et NOUS AVONS BESOIN DE VOTRE SOUTIEN POUR LEUR APPORTER UNE RÉPONSE CONCRÈTE ; 66% de vos dons sont déductibles d’impôt.
Si vous pouvez contribuer à cette collecte de fonds en faveur des réfugiés d'In Guezam, demandez-nous le dossier de demande de subvention rédigé dans le cadre de notre adhésion au Collectif Tchinaghen : pour le recevoir, écrivez à targuinca@free.fr

Plusieurs associations françaises envoient à leurs délégués sur place de l’argent qu’ils remettent aux responsables locaux touaregs pour acheter de la nourriture, des couvertures et des médicaments qui sont ensuite distribués aux plus nécessiteux. L’UNICEF a fourni des bâches en plastique aux déplacés qui restent en brousse. Une entreprise d’Iférouane, DKO, a donné à chaque famille d’Iférouane déplacée dans les bidonvilles d’Agadez ou d’Arlit 50 kg de mil, 50 kg de riz et 5000 FCFA.

ONG, initiatives privées, inspirées par des convictions religieuses ou humanitaires, essaient de poser des « rustines » pour résoudre un gigantesque problème humain. Quand verrons-nous un début de solution prenant en compte les causes réelles de cette situation intolérable pour toute une ethnie ? Il ne s’agit pas ici d’une prise de position politique mais d’un souci de transparence de l’information et d’une inquiétude bien légitime pour le simple droit à l’existence de centaines de millers de personnes.

(1) L’express, n°2982 semaine du 28 Août au 3 Septembre 2008. Page 20, INDISCRETS.

(2) Déclaration conjointe sur la situation de l’alimentation en eau potable de la ville d’Arlit de la Coordination de la Société Civile d’Arlit et du Collectif pour la Défense du Droit à l’Énergie (CODDAE)
(3) Cf IRIN : Food needs grow as conflict continues

jeudi 11 septembre 2008

Lettre d'information n°1 du collectif Tchinaghen

Le Collectif Tchinaghen œuvre pour une paix durable. Nous appelons à l’arrêt des hostilités pour créer les conditions favorables à un retour aux négociations entre les parties concernées, véritable alternative à la violence. Afin d’alerter, informer et mobiliser, une newsletter sera publiée régulièrement, selon l’actualité. Vous y trouverez des informations récentes sur la situation des populations civiles du Nord-Niger et les actualités du collectif. D’ores et déjà un certain nombre d’opérations ont été mises en œuvre pour tenter de soulager les populations, et des actions politiques sont menées afin d’alerter l’opinion internationale sur les conséquences dramatiques de ce conflit qui s’enlise.

Aide aux détenus : concert.png Au moins une centaine de civils de la région ont été/sont détenus arbitrairement et sans inculpation ; arrêtés par immixtion illégale et à tout heure de la nuit ou du jour dans leur domicile, au mépris du droit à la présomption d’innocence, du droit de la défense, sans présentation devant un juge, et loin de leurs familles. Ces pratiques hantent le quotidien de l’ensemble de la population de la région.

Merci d’être venus si nombreux au concert de solidarité offert par Takrist N’Akal le 14 juin 2008 et organisé par Tchinaghen avec le soutien du MRAP à L’Olympic Café (Paris 18°). Les fonds récoltés ont permis de venir en aide aux détenus arbitraires des prisons de Niamey, Say, Kollo et Koutoukale : vivres, vêtements, couvertures etc.

Réfugiés et déplacés : Le gouvernement nigérien refuse toujours tout dialogue, les exactions contre les civils continuent, les populations fuient les campagnes et les villages, laissant derrière elles leurs biens, leurs animaux, et leurs activités. Elles se réfugient autour des bidonvilles où elles mènent une existence des plus indécentes ou tentent de passer les frontières des pays voisins. Une centaine de familles touareg du Niger réfugiées (plus de 600 personnes) à la frontière algérienne, In Gezam, nous a sollicité pour une aide d’urgence. Nous avons besoin de votre soutien pour leur apporter une réponse concrète. Ces familles, originaires d’Agadez, Arlit, Tchirozérine, Iférouane se sont organisées en un petit comité solidaire pour parer au plus urgent mais la situation devient extrêmement difficile, elles manquent de tout et font donc appel à nous.

expo.png Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger : Découvrez l'exposition Areva ne fera pas la loi au Niger. Neuf panneaux de 160 x 120 cm pour comprendre et dénoncer : Areva au Niger depuis 40 ans, l'agriculture en danger, la pollution des eaux, les droits de l'Homme bafoués, la Françafrique, les alternatives possibles... + d’informations sur http://areva.niger.free.fr

Sur www.tchinaghen.org :

  • Vous pouvez désormais visionner l’intégralité de la conférence de presse du 25 mars 2008, organisée par le collectif Tchinaghen, avec le soutien de Mr Noël Mamère à l’assemblée nationale.
  • La malédiction le l'uranium - Le Nord-Niger victime de ses richesses est un dossier d’information réalisé par le collectif. Il est régulièrement mis à jour ; la version août 2008 est maintenant disponible : de nouveaux textes, des cartes actualisées, des annexes inédites. Vous pouvez le télécharger au format PDF sur notre site internet.

Agenda : le 21 septembre 2008 c’est la Journée Internationale de la Paix.colombe.png

lundi 1 septembre 2008

Témoignage : « Parfois, je pense que je suis sur le point de perdre la tête »

AGADEZ, 28 août 2008 (IRIN) - Amoumene (un nom d’emprunt), 27 ans, a fui pour échapper aux affrontements qui faisaient rage, en novembre dernier, dans les montagnes de l’Aïr, et se réfugier plus au sud, à Agadez, l’une des plus grandes villes du nord du Niger.

Depuis un an et demi, les rebelles lancent des attaques contre le gouvernement nigérien, réclamant davantage d’investissements et une plus grande part des profits tirés de l’exploitation de l’uranium dans ce désert montagneux, riche en ressources.

Les affrontements ont provoqué le déplacement de plus de 10 000 civils, qui se sont réfugiés plus au cœur des montagnes, de l’autre côté du désert, jusqu’en Libye ou en Algérie, ou comme Amoumene, se trouvent aujourd’hui dans d’anciennes grandes destinations touristiques, secouées et désertées en raison des violences qui font rage dans le désert.

« Je suis venu ici car un homme de mon âge qui se trouverait dans les montagnes serait soupçonné d’être un rebelle. J’aurais pu à tout moment être arrêté ou pris pour cible par le gouvernement. Je n’ai pas pu rejoindre les rangs des rebelles parce que je suis le fils aîné : si je meurs, qui va s’occuper de ma famille ? ».

« J’avais un potager où je cultivais des oignons à cinq kilomètres au sud d’Iférouane. J’ai dépensé tout mon argent pour pouvoir planter mes oignons parce que je prévoyais de les vendre et d’utiliser l’argent que cela me rapporterait pour pouvoir me marier. Mais je n’ai pas pu rester en raison des violences ».

« Pendant les combats de novembre 2007, je me suis enfui avec un chamelier. Nous avons voyagé pendant deux jours avant d’arriver à Agadez. Cela fait neuf mois que j’essaie de trouver du travail. Je vais dans le centre, où les employeurs cherchent des travailleurs, mais ils veulent tous des gens qui ont fait des études. Moi, je ne suis jamais allé à l’école ».

« Aujourd’hui, je suis fâché que mes parents ne m’aient jamais envoyé à l’école, mais je sais qu’ils avaient besoin de moi à la maison pour les aider. Je ne peux pas retourner chez moi, parce que je n’ai rien à offrir à ma famille. Mais je ne peux pas rester ici non plus, si je n’arrive même pas à gagner assez d’argent pour acheter du riz ? »

« Et en tant que Touareg, je sais qu’à chaque fois qu’il y a une explosion ou un combat, même loin d’ici, les gens me regardent avec méfiance. Parfois, je pense que je suis sur le point de perdre la tête. Je me réveille en ayant peur qu’une mine explose… n’importe où ».

« Je veux juste que la paix soit rétablie. Je veux revoir mon potager et avoir les moyens de me marier et de continuer à vivre. Je n’envisagerai jamais d’essayer de partir loin pour trouver du travail, comme certaines personnes, qui prennent la mer pour se réfugier en Europe. Les nomades sont trop attachés au désert. Si je suis trop désespéré, j’irai de l’autre côté des montagnes, en Libye ou en Algérie ».

« Mais même pour faire ça, je suis trop fatigué ».

dimanche 24 août 2008

Oct. 2006 : L'Uranium mine les horizons touaregs, témoignage video

Source : Canal-U

Au Sahara central, dans l'Aïr (nord du Niger), les Touaregs s'inquiètent : l'Etat a récemment accordé une centaine de permis aux sociétés minières internationales pour exploiter l'uranium en plein coeur des terres pastorales nomades. Aucune consultation, aucune concertation, aucune garantie sanitaire n'a été proposée aux habitants qui, après l'expérience d'Arlit (ville minière située au nord d'Agadez), savent que la rente minérale, non seulement ne leur a jamais bénéficié, mais a détruit leur environnement, leurs ressources végétales et animales et leur santé, les condamnant à ne plus pouvoir vivre décemment chez eux.

Réalisateur : Bruno BASTARD - Auteur : Hélène CLAUDOT-HAWAD

lundi 18 août 2008

Carte des permis d'exploitation et de recherche minières octroyés au Nord-NIger

Carte extraite du dossier d'information du collectif Tchinaghen
La malédiction de l'uranium - Le Nord-Niger victime de ses richesses
A télécharger sur le site www.tchinaghen.org


Depuis 2007, ce sont 139 permis de recherche d'uranium qui ont été octroyés par le pouvoir central nigérien à des sociétés européennes, asiatiques, nord-américaines et australiennes, au coeur des zones de transhumance des autochtones. Ces permis, attribués dans la plus grande opacité, au mépris des populations locales auront des conséquences évidentes pour ces populations pastorales et oasiennes : la perte de leurs terres, de leurs pâturages et de leurs puits, c'est à dire tout simplement de leurs moyens d'existence, de subsistance. Tout ceci étant de surcroît menacé de graves pollutions à en juger par les effets déjà constatés à Arlit. Déjà, près d'Assouas, la CNUC (société minière chinoise) a poussé les populations hors de sa concession et interdit aux éleveurs l'accès aux puits pastoraux.
Aux marginalisations économiques et politiques, aux sécheresses et aux famines récurrentes que subissent les populations du Nord-Niger depuis des décennies, s'ajoute maintenant la "malchance" d'être nés sur des terres riches en ressources minières ; richesse qui les condamne à l'exode.

Les Touaregs, à l'instar des Bushmen du Kalahari, des Ijaws du delta du Niger, et bien d'autres, ont perdu le contrôle de leurs terres ancestrales et luttent pour les retrouver, en vertu de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones entérinée le 10 septembre dernier :

« Les Peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres ou territoire. Aucune réinstallation ne peut avoir lieu sans le consentement préalable – donné librement et en connaissance de cause des Peuples autochtones concernés, et un accord sur une indemnisation juste et équitable et, lorsque cela est possible, la faculté de retour.» Article de 10 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

jeudi 14 août 2008

Le dossier d'information du collectif Tchinaghen est à jour !

Vous pouvez télécharger la version d'août 2008

76 pages pour mieux comprendre la situation dramatique que traverse le Nord-Niger : populations autochtones, enjeux géostratégiques, eau, conflit armé, crise humanitaire, droits de l'Homme.

De nouveaux textes, des cartes actualisées, des annexes inédites.

Télécharger le dossier

samedi 9 août 2008

NOUVELLES DES POPULATIONS DU NORD DU NIGER (Bulletin d'information de Targuinca n°2)

Nouvelles de populations du Nord Niger
Bulletin d’août 2008

Nous savons que l’ensemble de l’extraction de l’uranium en France a cessé et que notre pays s’approvisionne à près de 40% dans le nord du Niger. Les populations locales, essentiellement touarègues, ne reçoivent aucune information sur la radioactivité en général, même les ouvriers des mines ne sont pas correctement informés. Mais saviez-vous que l’OMS (organisation mondiale de la santé) a signé, le 28 mai 1959, avec l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique) un accord par lequel aucune de ces deux agences de l’ONU ne peut prendre de position publique qui puisse nuire aux intérêts de l’autre (résolution WHA 12-40) ? L’ensemble du territoire touareg est désormais vendu par le gouvernement nigérien à des multinationales étrangères ; le nord du Niger est, de ce fait, à feu et à sang.

Depuis notre précédent bulletin d’information, la situation du Nord Niger s’est encore aggravée. Un grand nombre d’informations nous parviennent régulièrement par différents canaux mais, au regard de l’état de psychose généré par une suspicion systématique et une délation institutionnalisée, il nous est pratiquement impossible de les communiquer ici sans risquer de mettre en difficulté des personnes sur place. L’on peut retenir cependant que la situation qui prévaut actuellement est la « vente » d’informations aux autorités militaires. Chacun est susceptible aujourd’hui de négocier avec l’Etat contre quelques centaines de francs. Un véritable réseau de renseignement est entretenu dans lequel se retrouvent « vrais » et « faux » informateurs capables pour nourrir leur famille de livrer toute sorte de renseignements quitte même à en inventer à l’occasion…. La communauté targuie dans son ensemble est touchée par cette situation, au Niger bien entendu, mais aussi à l’étranger, en France notamment.

Au quotidien nous pouvons cependant dire que les arrestations sommaires et les interrogatoires musclés sont monnaie courante. Les femmes elles aussi subissent ces outrages barbares. Certaines d’entre elles, enceintes, auraient même avorté suite aux violences subies…

Le 25 juillet 2008, les FAN ont pilonné les civils avec de l’artillerie lourde à Tafadak, Tidène et dans la zone de Tchizé Malat. Il y a eu de nombreux blessés, dont sept enfants gravement touchés à Tidène. Les populations ont inhalé des gaz consécutifs aux bombardements.

Les animaux (chèvres, moutons, chameaux), qui constituent les « comptes en banque » des Touaregs, continuent d’être systématiquement égorgés par les militaires.

Beaucoup de familles ont d’ores et déjà fui vers le Burkina, la Libye et plus récemment vers le Sud de l’Algérie, tout proche. Des camps de fortune se forment aux alentours d’In Guezzam (à la frontière algérienne) et les arrivées sont quotidiennes. Plus d’une centaine de familles (environ 1000 personnes), majoritairement des enfants, des femmes et des vieillards seraient actuellement dans une situation sanitaire critique, les environs d’In Guezzam étant pour le moins très peu propices à l’installation de campements. Ceux qui parviennent jusqu'à Tamanrasset se regroupent dans le quartier historiquement peuplé de réfugiés nigériens où les conditions seraient « moins mauvaises »...

Les nombreuses « petites » ONGs comme la nôtre voient, depuis 2007, leurs moyens d’action réduits presque à néant et leur nombre d’adhérents fortement réduit. Les projets de développement sont gelés, la possibilité d’obtenir des subventions évidemment compromise. Pourtant, l’urgence est là : mais comment faire appel à la générosité des donateurs quand les voies officielles nous sont coupées et quand une communication transparente peut mettre en péril partenaires et bénéficiaires ?

Il nous est malgré tout possible d’aider quelques familles en grande difficulté. Pour cela, nous avons besoin de votre confiance et de votre soutien pour collecter des fonds pour l’aide d’urgence (grâce aux dons et ventes d'artisanat, notamment).

Toute information supplémentaire, toute suggestion, toute proposition d’action possible seront bienvenues et considérées avec attention.